Et les livres redeviennent arbres…
« Je pratique le faire depuis l'enfance. Un cheminement manuel qui m'a progressivement préparée à l'acte créatif et transgressif que j’exerce aujourd'hui : l'embaumement des livres abandonnés. Oints de verre liquide, poudrés de silice, fardés d'oxydes naturels, lentement, je les apprête. Un rituel funéraire qui commence par la lecture d'une page de chaque ouvrage, la pose des onguents et qui se poursuit par sa crémation, le parement éventuel d'or ou de cuivre et son scellement dans un cadre. Faire passer l'épreuve du feu à des ouvrages abandonnés était une gageure symbolique ! C'était sans compter sur son impertinence ! Car le fruit de l'accouplement improbable de ces ennemis ancestraux ressemble étrangement à de l'écorce. Est-ce l'expression de leur désir profond de retourner à la forêt originelle, le paradis perdu ? Mon travail prend la forme d'une archéologie du futur, qui soulève autant la question de l'illusion des choses que celle de notre consommation effrénée... De la consommation à la consumation, il n'y avait qu'un pas... Un petit tour de magie qui a engagé le feu à offrir aux livres ce que, par ailleurs, il vole aux arbres : l'apaisement de la forêt. »

La nuit de cristal
Livre creusé au doigt, vitrifié, brûlé, enluminé de feuille d'or et verni
(Journal Officiel 1938. Chambre de débats Parlementaires)
50 x 50 cm, 2017
Bio
Après s’être confrontée, en autodidacte, à la peinture, au décor et à d’autres formes d’expression, Mathilde Poulanges, qui vit et travaille sur le plateau du Larzac, a jeté son dévolu sur le papier. En explorant des techniques diverses comme le collage, l’origami ou le kirigami elle s’est intéressée au livre autrement. Aujourd’hui elle se définit comme embaumeuse de livres.


